4èmes
Assises
Nationales
de
la Vie
Autonome
Mercredi
7
juin 2006
Participation
des
usagers : La pairémulation
Jean-Luc Simon (GFPH) & Jean-Marc BRIEN (Handicap Citoyen)
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Bonjour,
et merci de nous donner
la
parole.
Nous exprimerons tout d'abord un regret. Les personnes dont nous parlons ici aujourd'hui sont les dernières à intervenir, devant un public fatigué par déjà presque trois heures d'interventions quasi ininterrompues. Je suis comme beaucoup d'entre vous, du moins le peu qui reste encore, au bout de mes possibilités d'écoute. Il est regrettable que les premières personnes concernées aient été les dernières à s'exprimer dans ce débat.
La
pairémulation[1] dont nous sommes venus vous
entretenir aujourd'hui,
c'est
une parole donnée en priorité à celui
ou celle qui doit se construire ou se reconstruire, c'est la
réinstauration d'une parité pour retrouver la
confiance.
La parité
existe quand deux personnes sont d'égal à
égal et qu'elles peuvent se parler
dans la confiance.
Pour nous, cette parité est retrouvée quand nous rencontrons des personnes dans une situation similaire à la nôtre, par exemple quand elles partagent le même besoin de recourir à l'intervention d'autrui pour accéder à leur autonomie. Elles savent comment identifier leurs besoins, comment formuler une demande de soutien, comment trouver, recruter et former les intervenants de leur autonomie et comment diriger l'entreprise de leur quotidien.
La
documentation complémentaire existe sur notre site
Internet : http://gfph.dpi-europe.org/
Cette
parole et expertise des personnes dites "handicapées", si la
plupart des institutions et des associations affirme y recourir, elles
ne sont
encore que trop peu reconnues et valorisées. Une
étude un plus fine devrait
prochainement être mené sur cette question avec la
CNSA sur notre proposition.
Rien ne
se fera sans nous. Si nous voulons
avancer, il faut le faire avec les personnes concernées.
En termes d'apprentissage et de connaissance de l'autre, un après-midi de partenariat dans la parité avec celui ou celle que l'on cherche à mieux connaître ou aider vaut souvent mieux qu'un colloque.
Il vaut donc mieux maintenant consacrer le temps qui reste au débat plus qu'à une présentation supplémentaire de la pairémulation, que vous connaissez déjà.
Le plus difficile dans le maintien de notre autonomie, c'est que nous ne pouvons éviter la confrontation à l'autre pour lutter contre sa propension à l'aide.
Comment
puis-je dire à une personne qui
est là pour m'aider de me laisser tranquille ? Comment expliquer que, "Non,
je n'ai pas besoin de votre
aide",
sans vexer et sans
couper la relation avec l'autre ? Car demain, je peux avoir
besoin de
l'intervention de ce même autre et qu'il vaut mieux pour moi
ne pas couper la
relation avec lui.
Plusieurs
fois par jour parfois, quand quelqu'un, convaincu de me rendre service,
prend
d'autorité mon fauteuil roulant pour le diriger vers là
où il croit que je
veux me rendre, c'est donc avec
force de raison et de maîtrise qu'il me faut imposer ma
parole : "Non
merci, c'est très gentil de votre part de vouloir m'aider,
mais ce n'est pas ma
direction. Je préfère me rendre vers
là-bas, et il aurait été plus aimable
de
me le demander avant pour que je puisse vous répondre
pourquoi et comment je
souhaiterais faire appel à aide"
Il me faut
parfois être encore plus précautionneux, c'est un
vrai exercice de diplomatie
et j'ai mis des années pour apprendre et oser m'exprimer de
cette façon pour
gérer ces situations de la meilleure façon
possible, c'est-à-dire en préservant
le lien même s'il est maladroitement engagé.
Pour les personnes en situation de grande dépendance, c'est une vraie entreprise qu'il faut gérer. Et nul ne s'improvise entrepreneur ! Et c'est pourquoi le GFPH s'engage avec le Collectif Handicap Autonomie -CHA- afin de doter notre espace social d'un Institut de formation pour développer les capacités alternatives de toutes celles et tous ceux qui à gérer les micro-entreprises que sont devenues leurs vies.
Tout
cela
paraît évident, mais nous avons une
difficulté
particulière pour mettre en oeuvre des groupes de parole en
France.
La pairémulation fait partie d'un réseau international, représenté en Europe par le Réseau Européen pour la Vie Autonome (European Network for Independent Living -ENIL-). Les pratiques du soutien mutuel ou "Peer support" répondent à un certain nombre de règles.
L'une de celles-ci qui permet de poser les conditions de la parité entre les membres des groupes d'expression, est souvent difficile à mettre en pratique en France.
Pour obtenir la parité, seules les personnes en situation sont invitées à participer et, surtout, à prendre la parole. Cette règle est destinée à libérer la parole de celles et de ceux qui ne peuvent que rarement s'exprimer en dehors de la présence des personnes qui interviennent dans leur quotidien, mais elle est difficile à mettre en Ïuvre, surtout avec les personnes dites "handicapées mentales".
Lorsque ces dernières nous rencontrent pour mener des échanges sur ces questions, certaines prennent conscience qu'elles ont des capacités et qu'elles peuvent mieux ma”triser leur environnement qu'elles ne le font. Il se passe alors des choses très intéressantes lorsque des personnes dites "handicapées mentales" font cette expérience d'une parité qu'elles ne connaissaient pas, mais il reste très difficile de pouvoir animer ces groupes de parole sans le regard de la structure responsable, famille ou institution.
Recherchant l'instauration de relations basées sur la confiance en s'appuyant sur leur parité
Les pairémulateurs recherchent aujourd'hui avec des professionnels, des résidents de structures spécialisées, des travailleurs en ESAT et des familles, les conditions qui pourraient permettre la médiation de ce regard et l'instauration d'espaces paritaire d'expression au sein des structures de vie collective.
Il est
difficile de faire accepter ces groupes de parole avec une telle
autonomie dans
ces établissements ; cela y amène
forcément du désordre. De la même
façon,
les familles sont des lieux de vie collective dans lesquels il est
difficile
d'entrer, alors qu'il existe des personnes en situation de
dépendance telles,
qu'ils ne connaissent parfois même pas
l'extérieur, ou alors uniquement au
travers de leur écran de télévision.
Certaines vivent une autarcie monacale au milieu de nos immeubles.
C'est pour
tenter de briser ces murs et de faire circuler cette parole, que nous
formons des personnes à transmettre les moyens qu'ils ont
trouvés ou construits
pour vivre selon leurs choix en
surmontant les barrières qui leur étaient
opposées du fait de l'état de leurs
capacités.
La parole est
précédée d'étapes qu'il
ne faut pourtant pas bréler.
Pour soutenir et faciliter cette expression, la première chose à obtenir c'est la confiance en soi. Le besoin quotidien d'aide à l'autonomie individuelle entra”ne une perte de confiance en soi. "Comment pourrais-je être confiant en mes capacités alors qu'elle me font défaut ? J'ai tellement besoin des autres !"
Celui qui doit recourir à l'intervention d'autrui pour son autonomie quotidienne a d'abord besoin de confiance en lui, et celui qui intervient a besoin de comprendre qu'il n'a pas tout le pouvoir.
Il
doit par exemple comprendre, et c'est
souvent difficile, qu'il y a des communications qui ne
s'établissent qu'entre
des personnes confrontées à des situations
similaires, et seulement entre
elles. C'est comme ça et il est inutile de s'en
sentir frustré.
Mais quand nous voulons faire comprendre à l'autre, valide, qu'il y a des choses qu'il ne sait pas et qu'il ne peut connaître, tout simplement parce qu'il n'en a pas l'expérience, nous pointons dans le même temps ses propres manques et ses difficultés, ce qu'il n'est pas toujours en mesure de l'entendre.
Quand des mises en situation sont proposées, dans un fauteuil roulant par exemple, chacun comprend par contre rapidement qu'il ne peut tout connaître.
Ce que nous disons
à nos
pairs ? "Comme moi tu
peux y arriver, comme lui tu peux maîtriser ta vie, et comme
elle tu peux
trouver des ressources alternatives."
Quand j'ai rencontré des personnes comme Jean-Marc et comme d'autres autour de la planète, je ne croyais pas qu'il était possible de vivre dans cette situation. Collectivement, il y a 50 ans les personnes IMC étaient considérées non-éducables, mais aujourd'hui certaines fréquentent les bancs d'universités. Grâce aux ressources informatiques, d'autres qui hier étaient condamnés à l'inactivité ou à l'hospice écrivent d'un mouvement de paupière, créent des collectifs, dirigent des équipes, font le tour de la planète ...
Ceux qu'on croyait incapables montrent de formidables capacités ... quand elles trouvent des conditions favorables à leur développement.
L'important
est que chacun puisse exprimer ses capacités, quelles qu'elles soient, et
ainsi contribuer au développement de
l'ensemble,
et dans cet objectif la
première attention à porter à l'autre
vise à identifier ce qui va lui permettre
de nous atteindre et de nous faire passer son message.
Dans cette
recherche, les Pairémulateurs peuvent
aussi être des passeurs.
[1] Pratique de soutien à l'acquisition de l'autonomie basée sur la formation d'Animateurs/Formateurs qui ont eu personnellement à trouver ou retrouver une autonomie en recourant à des adaptations, des aides techniques et/ou l'intervention de personnels d'assistance.