Pour une montée des marches sans discrimination 

La culture qui se construit aujourd’hui est internationale et transmise par l’image

Affiche du film Freaks montrant la femme poule

Sean Marckos , un Cinéaste qui veut l'égalité

Sean Marckos Benvenuto est un jeune cinéaste, réalisateur et scénariste Québécois qui représente également « La Porte des Songes Films / Dreamsgate Pictures Inc. », maison de production d’œuvres cinématographiques et audio visuelles. Il a présenté en Avril 2007 un projet de film, « The Other Side / De L’Autre Côté », produit par Dreamsgate Pictures, film présenté à 19 festivals internationaux et primé par 6 d'entre eux.

 En mai 2008, Sean Marckos s’est rendu au festival de Cannes dans le cadre de la promotion de son film. Muni des invitations et accréditations nécessaires, un de ses objectifs était de réaliser des interviews devant les fameuses marches du Tapis Rouge, mais cet accès lui a été refusé pour « raison de sécurité » et, malgré son insistance, les agents de sécurité lui ont fermement conseillé d’utiliser un cheminement dédié … et invisible du public. 

Des démarches ont été effectuées par « Dreamsgate Picture » auprès de Monsieur Gilles Jacob, Président Comité d’Organisation du Festival de Cannes, en Février 2009, pour faire état de ce fait et exiger réparation. Dans sa réponse, Gilles Jacob conteste les faits rapportés par Sean Markos et précise que pour les usagers de fauteuil roulants il existe «une autre voie d’accès pour les invités qui ont un handicap», à condition toutefois que « l’intéressé en fasse la demande préalable et expresse auprès des services de sécurité ».

 Cet « incident » s’est reproduit à l’identique en 2009 mais a été cette fois filmé par ses assistants pour témoigner de la situation.

 Se sentant discriminé dans le cadre de cette situation, Sean Marckos a lancé la campagne «réfleXion» pour combattre la « discrimination d’image »[1] dont il se sent victime, et avec l’objectif d’aboutir à une montée des marches sans discrimination en 2011. Le lancement public de cette opération aura lieu le 5 mai 2010 à la veille de l’ouverture du festival de Cannes.



[1] La « Discrimination d’image » est une expression introduite à l’ qui décrit le déficit d’image qui touche les personnes invisibles dans les transcriptions de la réalité : Les personnes dites « handicapées » bien sûr, mais aussi toutes les personnes qui ne correspondent pas aux canons de la beauté, de la force ou de la puissance parce que considérées trop petites, trop grandes, trop grosses, pas assez belles, intelligentes ...

Hier la Loi de 75 proposait « l’obligation nationale d’intégration sociale » des personnes handicapées, aujourd’hui la Loi du 11 Février 2005 « assure … (leur) maintien dans un cadre ordinaire de scolarité, de travail et de vie », et la Convention Internationale relative aux Droits des Personnes Handicapées contraint les Ètats qui l’ont ratifié à « promouvoir, protéger et assurer (leur) pleine et égale jouissance de tous les droits de l’homme et de toutes les libertés fondamentales … ».

Bardés de cette carapace de textes et d’engagements, nos sociétés semblent convaincues mais n’en continuent pas moins à montrer de profondes résistances pour mettre en œuvre les objectifs tracés ; les textes sont interprétés, habilement traduits ou détournés et trop souvent rapidement oubliés. Dans le champs de l’accessibilité, l’agitation provoquée par les échéances données à produit des textes d’application confus, parfois contradictoires avec les règles de l’Art et souvent ignorants de textes récents qui répondent pourtant parfaitement aux exigences de la Loi du 11 Février 2005, voire qui les dépassent[1].

La Convention des Nations Unies et tous les textes de Loi adoptés par les Etats pour améliorer l’accès des personnes dites «handicapées» à leurs Droits fondamentaux ne sont visiblement pas suffisants, comme par exemple en Chine où le Gouvernement, qui a ratifié la Convention, n’a toujours pas condamné une pratique désastreuse qui semble sortie d’un âge que nous voudrions croire passé, et qui consiste à utiliser les personnes de petites tailles pour produire un parc à thème qui semble tout droit sorti du film « Freaks »[2] sorti lui … en 1932. Présentée comme une avancée et un moyen de lutte contre les discriminations et sous couvert d’humanité charitable, cette initiative et la communication à son propos illustrent parfaitement les détournements que subissent les principes de dignité et de non discrimination qui fondent le Droit international.

Les intentions sont ajustées aux normes en vigueur mais les pratiques perdurent, et rien ne changera durablement sans l’inscription de ce changement dans la culture, et la culture qui se construit aujourd’hui est internationale et transmise par l’image.

Le trait culturel que nous imprimons au sein de la société, nous, personnes dites « handicapées », participe ici tout autant à un enjeu global qu’il répond à une béance culturelle qu’il est urgent de combler, et pas seulement au nom de notre dignité mais dans le soucis de l’intérêt général. Nos luttes contre les discriminations comme nos contributions à la construction d’un cadre de vie adapté à nos capacités et à celles de tous, nous conduisent à être les artisans d’un monde dont nous avons collectivement besoin ; un espace commun fait de saines solidarités désintéressées où chacun puisse vivre dans la dignité quelles que soient ses capacités et sans avoir à se soumettre à d’autres règles que celles qui régissent l’espace commun.

Dans cette vision, le film Avatar qui vient de marquer l’esprit de millions de spectateurs est un film précurseur non seulement pour ses performances techniques et artistiques, mais aussi pour sa contribution au changement de l’approche culturelle du « handicap ». C’est une première, sinon la première fois à une telle échelle d’impact, que le héro d’une histoire populaire est « handicapé » et en même temps  jeune, beau et fort … et qu’il agit en sauveur.

« Chapeau bas, Monsieur Cameron », votre film est une contribution magistrale aux changements nécessaires du regard porté sur « le handicap », et il y aura dorénavant « un avant » et « un après » « Avatar ». 

Afin de servir les mêmes objectifs, c’est-à-dire rendre la vie plus accessible et le monde plus confortable pour tous, j’ai donc le plaisir de participer à la soirée Tapis Rouge «  Une nuit de réflexions ;  la cérémonie de clôture » qui se tient le 5 mai 2010 au Cinéma Imperial, à Montréal, dans la province du Québec au Canada. 

L’Organisation Mondiale des Personnes Handicapées est heureuse de réaffirmer à cette occasion que chaque être humain a la même valeur quelles que soient ses capacités, et encourage l’industrie du cinéma et les artistes à partager notre rêve d’une réalité sans discrimination qui mette en lumière et valorise tous les talents.

Demander que le tapis Rouge du festival de Cannes soit accessible à tous, c’est proposer au monde de relever le défi dans lequel il s’est engagé en adoptant la Convention relative aux Droits des Personnes Handicapées (CDPH) en Décembre 2006, c’est refuser l’apparente facilité d’un traitement séparé des personnes en fonction de leur identité et de leurs capacités, et s’engager avec assurance dans la concrétisation de l’idéal commun que nous rêvons ensemble au cinéma et que nous avons maintenant besoin de construire dans une partenariat équitable. 


Jean Luc Simon 

Président de la Région Europe de l’OMPH

Président du Groupement Français des Personnes Handicap



[1] Comme la Circulaire n° 82-81 du 4 octobre 1982 concernant l’accessibilité et adaptabilité des logements dans tous les bâtiments d'habitation collectifs neufs, ou la norme sécurité des circulations intérieures, deux textes qui répondent déjà aux exigences de la Loi 2005.

[2] Voir vidéo: En Chine, « l'Empire des nains », un parc d'attractions très populaire : http://www.2424actu.fr/actualite-internationale/en-chine-l-empire-des-nains-un-parc-d-attractions-tres-populaire-714129/

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