Les Droits de l’Homme et le Téléthon

Toutes les études l’ont montré, le meilleur « spot » pour une opération de collecte de dons c’est début décembre, avant les fêtes,

  paquets colorés
le mois des dividendes et des cadeaux
Toutes les études l’ont montré, le meilleur « spot » pour une opération de collecte de dons, c’est début décembre, le mois des dividendes et des cadeaux.

Cette année 2010 comme tous les ans en cette période depuis sa première édition en 1987, l’événement médiatique qui ouvre le mois des Fêtes est poursuivi par son vent habituel de polémiques au milieu desquelles celle lancée par Pierre Bergé déclenche un front uni des chercheurs pour la sauvegarde de la recherche.

Après avoir entendu les arguments des uns et des autres, les premiers sentiments que laisse le débat de cette année sont ceux de la dispersion, de la confusion et du repli sur soi. Les uns mettent en cause la répartition de la solidarité, les autres interrogent le rôle de l’État et un nombre constant d’invisibles réclame sa part d’audience. Chacun affirme, personne n’écoute l’autre et la machine passe.

Si le GFPH réaffirme lui son soutien à la recherche, il s’étonne que le Téléthon semble être considéré aujourd’hui comme une opération essentielle au développement scientifique de la France. C’est une façon au citoyen de reprendre la main sur l’Etat en décidant ce qu’il veut donner et pour quoi, comme une espèce d’impôt volontaire destiné à financer la mise en œuvre d’une politique d’initiative populaire, mais passé le nécessaire coup de démarrage pour stimuler la mise en œuvre d’une politique durable,  il semble raisonnable d’envisager l’occupation de cette « fenêtre de tir » du début décembre à des causes et à des urgences tout autant respectables.

Considérer que le Téléthon comme une forme d’impôt volontaire n’est gênant pour personne, mais les arguments utilisés pour faciliter la levée de cette dîme populaire le sont plus et sont étrangement absent de la polémique d’aujourd’hui. Ce débat a pourtant clairement été posé par Michel Drucker dans la première émission de 1987, quand il justifiait son engagement et celui de la chaine publique : « Quand vous aurez vu le sourire de ces petits myopathes, vous ferez comme nous, vous donnerez ».

Pour le GFPH, le scandale est là, parce qu’aujourd’hui comme régulièrement, ce 3 décembre le Téléthon 2010 s’ouvre à l’occasion de la Journée Internationale des Personnes Handicapées qui « vise à promouvoir une meilleure compréhension des problèmes liés au handicap et à mobiliser les énergies pour assurer le respect de la dignité, les droits et le bien-être des personnes handicapées. Elle cherche également à sensibiliser le public aux bénéfices de l'insertion des personnes handicapées dans tous les aspects de la vie économique, sociale et culturelle. »

Qui parlera de dignité au Téléthon ? Le présentateur quand il partagera son émotion à la vue du sourire des « petits myopathes » ? L’entreprise qui viendra remettre son chèque sous des projecteurs finalement moins coûteux et tout autant productifs qu’un spot publicitaire ? Qui, aujourd’hui, entendra le message des Nations Unies  pour « Les droits et le bien être des personnes handicapées » ?

La recherche, c’est pour soigner, guérir, prévenir, éviter le sort en quelque sorte, et il faut de l’argent, beaucoup d’argent pour payer la recherche et les chercheurs dans l’espoir de changer la réalité de demain.

La journée Internationale des Personnes Handicapées, c’est un temps pour célébrer les Droits et protéger la dignité de l’autre, celui qui me fait face maintenant, et il ne faut que de la confiance, de l’ouverture, du temps et de soi pour atteindre ces objectifs et changer la réalité d’aujourd’hui.

Chacune de ces deux facettes de la lutte pour la vie et pour la dignité est également respectable, mais jusqu’à aujourd’hui la première obère la seconde, la générosité s’impose aux Droits, l’assistance est priorisé à la mise en place de partenariats paritaires et le spectacle maintien l’illusion d’un pouvoir médical source de toutes les solutions. S’il faut une journée de mobilisation citoyenne pour financer la recherche contre les malades génétiques, encourageons la, mais en laissant les personnes touchées dans leurs corps en dehors du débat et des écrans.

Les premières journées de Décembre sont à nous et pour les Droits de l’Homme(1), mais les puissances de l’argent qui ont depuis longtemps déjà envahi la fête religieuse de Noël en veulent plus et, même sous la forme d’une générosité par vraiment désintéressée, occupent également seules cette période de l’année propice à l’expression de toutes les générosités.

Alors pourquoi les caciques des Nations Unies ont ils fixé ces journées au même moment ?

Peut être pour introduire les moyens d’un équilibre des forces justement ; La célébration du Droit pour tempérer les forces de l’argent et l’universalité humaine pour tempérer celles de l’individualisme.

Bonne Fêtes à tous.

                           Jean-Luc Simon
                           Président

1 : Le 1 décembre la Journée mondiale de la lutte contre le SIDA, le 2 décembre la Journée internationale pour l'abolition de l'esclavage, le 3 décembre la Journée internationale des personnes handicapées, le 5 décembre la Journée internationale des volontaires pour le développement économique et social et le 10 décembre la Journée des droits de l'homme.

COPYRIGHT :GFPH. 45 RUE RIQUET, A664, 75019 PARIS, Decembre 2010