L'avis des personnes handicapées sur l'application des connaissances de la biologie
génétique
Position et déclaration de la Région
Europe de l'Organisation Mondiale des Personnes Handicapées sur les questions
de
La Biomédecine et les Droits de l'Homme
| L’Organisation Mondiale des Personnes
Handicapées (OMPH) |
|
L'OMPH est une organisation de défense des droits fondamentaux
des personnes handicapées, qui vise à favoriser leur totale participation
dans la société sans discrimination aucune. Fondée en 1981, l'OMPH
est activement représentée par des organisations nationales de personnes
handicapées dans plus de 130 pays, dont 29 dans la Région Europe (RE/OMPH).
L'origine du projet
Au cours du prochain millénaire, des tests prénataux
à l’interruption sélective des grossesses " non-désirées "
en passant par l’euthanasie des adultes handicapés, les applications médicales
de la recherche génétique, la biomédecine, comportent de nombreux
risques d'atteintes aux droits fondamentaux des personnes handicapées. La
Bioéthique est l’éthique qui s'applique aux avancées de la biomédecine
et de la science. L’OMPH agit pour que les droits fondamentaux des personnes
handicapées soient protégés, et pour que la société soutienne
ceux dont les besoins sont les plus grands dans une dynamique d'égalisation
des chances.
Le mouvement européen des personnes handicapées
travaille dans ce sens pour les droits civils, mais initie peu d’action dans le champ
de la bioéthique. D’une manière générale, les personnes handicapées
et leurs organisations sont peu conscientes des enjeux en cause et ne participent
pas aux discussions sur ce thème.
Afin de faire face à ces problématiques et pour
devenir des partenaires actifs et compétents sur ces questions, un projet bioéthique
a été élaboré dans le cadre du plan d’action de l'OMPH/Europe
adopté en Avril 1999 pour la période 1999-2002. Les priorités de cette
action sont "… d’influencer l’Union Européenne, le Conseil de l’Europe
et les gouvernements nationaux dans leur façon d’aborder les questions de la
bioéthique… " et " … d’informer les personnes handicapées
en Europe et dans le reste du monde sur la bioéthique. "
Un groupe de travail mis sur pied en février 2000 a
réuni les représentants de 5 organisations Membres de l'OMPH (France, Italie,
Portugal, Espagne et Angleterre), et 6 rencontres de travail ont permis aux représentants
des personnes handicapées de ces 5 pays européens d'échanger leurs
réflexions et d'approfondir leurs connaissances sur la biomédecine. La
déclaration jointe reflète leurs travaux et leurs positions communes.
Toutes les organisations européennes membres de l'OMPH
ont été consultées, et certaines d'entre elles diffusent cette information
pour initier des débats nationaux sur ce thème.
| La lettre du Président |
|
Le monde change très rapidement. Les révolutions
technologiques, les transformations économiques et sociales traversent notre
vie et entraînent une modification profonde des comportements et des valeurs.
Ces transformations peuvent altérer profondément la qualité de vie
de tous les citoyens, alors que ceux-ci ne sont ni consultés ni interrogés.
Dans le champ de la biomédecine, les conséquences
potentielles de la biomédecine peuvent avoir des conséquences dramatiques.
Les personnes handicapées craignent, qu’une fois de plus, ces transformations
puissent porter atteinte à leurs droits fondamentaux. Elles sont donc particulièrement
attentives aux nouvelles formes de discriminations que peuvent engendrer les " progrès "
scientifiques et techniques.
Chargées d’expériences diverses et quotidiennes
de la discrimination, les personnes handicapées de l’Union Européenne représentées
par l’OMPH (Disabled People’s International - DPI -) souhaitent exprimer haut et
fort leurs inquiétudes et recommandations à l’ensemble de la société.
La Région Europe de l'OMPH a organisé dans cet
objectif le premier séminaire mondial sur la Bioéthique et les droits fondamentaux
des personnes handicapées, à Solihull, en Angleterre, les 12 & 13 Février
2000. Un travail de consultation auprès de ses membres a ensuite été
initié afin d’élaborer une Déclaration européenne des personnes
handicapées qui reflète leurs préoccupations et demandes.
La Région Europe de l’OMPH (DPI/E), financée par
la Commission Européenne, souhaite que le Conseil Mondial de l’OMPH s’appuie
sur cette Déclaration pour lancer un débat International. L’objectif de
ce débat serait de soumettre un document au Comité des Droits de l’Homme
de l’ONU.
"L’Avis des personnes handicapées sur
la biomédecine et les Droits de l’Homme " a été réalisé
avec la participation de personnes handicapées de 5 pays (Espagne, France, Italie,
Portugal, Royaume-Uni), les travaux ont été présidés par Bill
Albert, animés par Rachel Hurst, Vice-Présidente de l'OMPH Chargée
des Droits de l'Homme, et coordonnés par Julie Marchbank, Directrice du projet.
Un remerciement particulier est adressé à Arthur Verney, directeur du développement,
qui a apporté toute son énergie à la réalisation des actions
de la Région Europe de l'OMPH ces 8 dernières années.
Dorénavant, le débat bioéthique ne pourra
plus se tenir sans que les personnes handicapées soient consultées et écoutées
!
Giampiero Griffo
Président de la Région Europe de l'OMPH
| L'avis des personnes handicapées
sur la biomédecine et les Droits de l'Homme |
|
" Tous les êtres humains naissent libres
et égaux en dignité et en droits "
Déclaration universelle des droits de l’homme, 1948
La maîtrise de l’énergie nucléaire a été
aussi génératrice de vie que de mort. Si les millions de personnes guéries,
chauffées ou nourries par le feu nucléaire s’exprimaient, il paraît
évident qu’elles militeraient pour une " nucléarisation "
encore plus forte de la société. Si les millions de personnes atteintes
par ce même feu nucléaire à Nagasaki ou à Tchernobyl avaient
pu s’exprimer, il est probable qu’elles auraient, elles, milité pour une stricte
réglementation, voir une interdiction de l’utilisation des connaissances scientifiques.
Toute connaissance apporte son lot de désastre, et les perspectives apportées
par la recherche génétique n’y échappent pas.
De nombreuses personnes handicapées sont en vie grâce
aux progrès de la science et de la médecine, et nous en soutenons les avancées
quand elles améliorent la qualité de la vie, et non quand elles en altèrent
ou en dénient la valeur lorsqu’elle doit être vécue avec une déficience.
Le but de la biomédecine est de prévenir les maladies
et d'améliorer la qualité de la vie. La sélection des expressions
de la vie, notamment par l'élimination de celles qui sont jugées " anormales ",
est une menace pour la diversité humaine. C’est un Nagasaki en puissance qui
risque de frapper le monde entier, et non seulement les personnes handicapées.
La menace est puissante, imminente.
Nous considérons la biomédecine comme une menace
potentielle, car si elle porte en elle des promesses de guérison et de soins
palliatifs, elle offre aussi la possibilité d'un tri embryonnaire sur la base
de caractéristiques jugées indésirables. Il ne s'agit pas ici de soigner
des maladies ou des infirmités, mais d’éliminer ou de manipuler des fœtus
qui pourraient, pour de nombreuses raisons, être considérés " inacceptables ".
Ces technologies ouvrent la porte à un nouvel eugénisme qui menace directement
nos droits fondamentaux d’êtres humains.
- Comment ne pas se sentir menacé quand M. Rietdijk,
Physicien & Philosophe Hollandais, écrit " qu’un enfant devrait
être tué dès lors que serait établie avant ou après sa naissance
une infériorité physique ou mentale " ?
- Comment ne pas se sentir menacé quand Monsieur P. Singer,
Professeur Titulaire de bioéthique à l'Université de Princeton aux
USA, écrit qu’il " ne paraît pas trop sage d’alourdir encore
la ponction sur des ressources limitées en accroissant le nombre d’enfants handicapés " ?
- Comment ne pas se sentir menacés quand l’embryologiste
de renommée mondiale, M. Bob Edwards, écrit que : " Ce sera
bientôt un péché pour des parents d’avoir un enfant qui porte le lourd
fardeau de la maladie génétique. " ?
- L'eugénisme a été une attitude de quelques
sociétés, et nous ne pouvons prendre le risque de voir se répéter
l'histoire.
- Nous voulons vivre et agir à notre citoyenneté
à part entière, mais la valeur de notre contribution et de nos droits fondamentaux
est aujourd’hui remise en cause par des protocoles thérapeutiques dont nous
sommes en droit de mettre en doute les motivations, tant ces pratiques sont productrices
de nouvelles formes de discriminations.
- Comment pouvons-nous espérer vivre dignement dans une
société qui consacre de nombreux moyens pour éviter les handicaps,
alors qu’elle ne répond encore pas aux besoins des personnes atteintes des déficiences
qu’elle produit ?
- Comment ne pas se révolter quand notre image est utilisée
pour justifier l’attribution de fonds à la recherché médicale au nom
de l’indignité de notre condition ? Notre image nous appartient, et nous
ne pouvons admettre aucune utilisation d’une représentation des situations que
nous vivons sans notre accord et sans que nous y soyons pleinement associés.
Nous ne le voulons pas et nous ne le ferons pas.
La vie est beaucoup plus que ce qui est déterminé
par l'héritage génétique, et la menace d’un " nettoyage
génétique " concerne tout le monde. Si la société s'engage
dans cette voie sans retenue, aucun enfant potentiel ne sera plus jamais à l’abri
d’une sélection arbitraire, aucun parent ne pourra éviter d'être confronté
à des choix impossibles et personne ne sera à l’abri de la discrimination
génétique.
" Chaque individu a le droit au
respect de sa dignité … cette dignité impose de ne pas réduire les
individus à leurs caractéristiques génétiques, et de respecter
leur caractère unique et leur diversité "
Déclaration universelle sur le génome
humain et des droits de l’homme, 1997
Notre expertise sur la qualité de vie avec une déficience
est unique et irremplaçable. Elle nous invite à participer à la nécessaire
refondation d'un cadre éthique qui prenne en compte les expériences de
chacun.
La préservation de la diversité est essentielle
au développement de l'humanité, et le potentiel d'adaptation des êtres
humains que mettent à jour nos expériences de vie avec une déficience
en est l’exemple vivant.
C'est ce que nous avons à offrir au monde.
| Position |
|
Les Membres de la Région Europe de l'OMPH s’inquiètent
de voir leurs droits individuels menacés par les applications de la recherche
génétique, et souhaitent faire entendre leur voix dans les débats
scientifiques et éthiques sur ce thème. Considérés jusqu'à
présent comme les objets passifs de la solidarité nationale, nous, personnes
handicapées, pensons que notre exclusion des débats liés aux applications
de la recherche génétique serait une erreur profondément handicapante
pour l’ensemble de la société.
Nous sommes inquiets de voir que le génie génétique
encourage une vision simplifiée du monde qui minimise l’importance de l’être
humain en le considérant sous le seul aspect biologique. Cette vision dévalorise
aussi les facteurs sociaux et relationnels, le respect mutuel et l’environnement
en proposant des évaluations arbitraires de la qualité de vie d’autrui.
"Je crois que d’ici 25 ans les cellules
seront programmées avec des messages synthétiques… Ce qui mérite vraiment
que l’on s’y intéresse plus attentivement, c’est que l’homme sera bientôt
capable de programmer ses propres cellules, et ce bien avant d’être capable
de connaître vraiment les conséquences à long terme de telles modifications,
bien avant d’être capable de définir des objectifs, et bien avant d’être
capable de résoudre les problèmes moraux et éthiques qui seront soulevés. "
Lauréat du Prix Nobel Marshall Nirenberg, 1967.
Selon l’Organisation Mondiale de la Santé, le handicap
est le résultat de l’interaction entre les incapacités et les barrières
environnementales, comme peuvent l’être par exemple les attitudes charitables
et la condescendance. Les représentations culturelles et les orientations politiques
qui motivent les applications médicales du génie génétique, vont
parfois directement à l’encontre de cette définition en réduisant
les personnes handicapées à leurs incapacités. La médicalisation
des solutions qui sont apportées aux situations de handicap entraîne une
nouvelle forme de discrimination à l’encontre des personnes handicapées,
et encourage l’attribution de moyens financiers importants à la recherche génétique
au détriment d’une amélioration de l’environnement social et physique à
l’origine de nombreuses situations de handicap. Cette constatation est en contradiction
totale avec notre expérience de la vie avec des déficiences, car nous avons
tous les jours l’occasion de constater que ce ne sont souvent pas nos incapacités
qui sont à l’origine des discriminations dont nous souffrons, mais l’interaction
de celles-ci avec un environnement hostile.
Nous soutenons pleinement la recherche médicale quand
son but est de traiter ou de soulager la douleur, mais nous sommes fermement
opposés à tout " nettoyage génétique " commandé
par des notions de profit ou d’efficacité sociale, notions qui sont fondées
sur des préjugés à l’encontre des personnes handicapées et mises
en œuvre au seul nom d’une guérison normalisatrice.
Des personnes handicapées ont subi des stérilisations
forcées, des interruptions de grossesses non choisies, des infanticides, l’euthanasie
… et l’histoire est tracée de tentatives régulières qui ont visé
leur élimination massive. On a tué les bébés nés difformes
dans la Grèce antique, des personnes handicapées ont été stérilisées
par des médecins " pleins d’humanité ", aux USA, en
Scandinavie, en Allemagne et en France, et elles ont été les premières
à tester l’efficacité des chambres à gaz sous le régime nazi.
Nous témoignons ici des liens historiques qui existent
entre les applications potentielles du génie génétique et l’eugénisme,
et ces liens représentent un danger, non seulement pour les personnes handicapées
mais pour l’ensemble de l’humanité.
Pour ce qui concerne la reproduction médicalement assistée,
nous soutenons le droit des femmes à disposer librement de leurs corps, mais
nous déplorons par contre le contexte dans lequel elles ont à prendre leurs
décisions.
Nous croyons pour cela que le libre choix éclairé
impose :
- Des entretiens préliminaires non directifs.
- L’accès à une information sur des expériences
variées de la vie avec une déficience.
- Un contexte de non-discrimination à l’encontre des
personnes handicapées
- Une société libérée des mythes, des
peurs et des stéréotypes qui contribuent à la dévalorisation
des personnes handicapées.
- L’absence de toute pression sociale qui encourage le recours
aux tests de dépistage ou à l’avortement médical.
- Une société accueillante qui propose à chacun
les aides nécessaires à son autonomie.
Nous rejetons l’idéologie utilitaire qui motive la biomédecine,
tout particulièrement l’hypothèse qui voudrait faire croire que la société
tirerait un bénéfice d’une réduction des frais engagés pour le
soutien des personnes handicapées. À l’opposé, nous souhaitons que
toute application clinique soit basée sur des principes de justice, d’éthique
et de non-discrimination qui respectent la diversité, l’autonomie et le libre
choix éclairé.
"… Toute personne a le droit d’être conçue,
portée et mise au monde sans manipulation génétique… "
Conseil pour une Génétique Responsable :
Loi sur les Droits Génétiques-- 2000
| Revendications |
|
Reconnaissant que les avancées des connaissances de
la génétique humaine et que les décisions liées à l'estimation
de la qualité de vie prises par le milieu médical soulèvent de sérieux
problèmes d’éthique, pour les personnes handicapés comme pour les
personnes non-handicapées, et reconnaissant que ces questions doivent être
examinées dans le cadre de la diversité fondamentale et permanente du genre
humain,
Que l’utilisation des dernières découvertes, techniques
et pratiques en matière de génétique humaine soit strictement réglementée
pour éviter toute discrimination et protéger au mieux, et en toutes circonstances,
les droits individuels des personnes handicapées,
Que les entretiens qui entourent les examens génétiques
ne soient pas orientés en vue d'influencer la décision des personnes qui
demandent cette information, qu’ils soient basés sur le droit, mis gratuitement
et largement à la disposition de chacun et qu'ils reflètent l'expérience
réelle de la vie avec une déficience,
Qu’aucune pression légale ou morale ne viennent contraindre
les parents, à faire des tests prénataux ou à subir des interruptions
médicales de grossesse.
Que tous les enfants soient accueillis dans le monde dés
leurs naissances, avec un soutien social, pratique et financier adapté à
leurs besoins.
Que la diversité humaine soit célébrée
et non éliminée à la suite d'évaluations discriminatoires de
la qualité de vie d'autrui, évaluations qui pourraient éventuellement
conduire à l’euthanasie, à l’infanticide et à la mort en justifiant
un arrêt des soins,
Que les organisations de personnes handicapées soient
représentées dans toutes les instances consultatives ou de recours qui
traitent des questions liées à la génétique humaine,
Qu'il soit porté une attention particulière à
l'aspect discriminatoire des législations qui considèrent la présence
d'une déficience potentielle comme une justification suffisante pour avorter
hors de la période légale,
Que soit mis en place un vaste programme de formation des
praticiens, des professionnels de la santé et des services sociaux, sur l’égalité
des chances et la contribution des personnes handicapées,
Puisque le génome humain appartient à l’humanité,
nous exigeons qu’aucun matériel génétique ne puisse faire l'objet
d'un dépôt de brevet,
Nous exigeons, enfin, que les droits individuels des personnes
handicapées qui ne peuvent exprimer leur consentement par elles mêmes ne
soient violés par aucune pratique médicale.
| Les concepts et procédures
génétiques de base |
|
" La recherche génétique et ce
qui s’y rattache ne devraient pas aboutir à l’élimination des personnes
handicapées, mais à une amélioration de l’information sur les handicaps,
à des progrès dans le traitement des conditions d’invalidité potentielle,
et à une amélioration du soutien des personnes qui vivent ave des déficiences "
Inclusion Europe, document de référence sur
la bioéthique, 1999
Le dépistage et
les tests prénataux 
Le dépistage prénatal est effectué sur un
grand nombre de femmes enceintes pour vérifier les " anomalies "
du fœtus. Il est effectué au cours d’examens de routine comme l’échographie
ou une analyse de sang.
Le test prénatal utilise les mêmes techniques et
est effectué, lorsqu’une femme enceinte souhaite subir ce test, quand la famille
est porteuse de marques génétiques ou de prédispositions pour développer
une certaine " anomalie " d’origine génétique.
Après le dépistage, si des risques potentiels " d’anomalies "
sont constatés sur le fœtus, les tests sont effectués par amniocentèse.
L’amniocentèse est l’insertion d’une aiguille dans la cavité utérine
pour prélever du liquide aux fins d’analyses, et ainsi dépister certaines
" anomalies ", les plus courantes étant la Trisomie et le
Spina Bifida.
Questionnements
- L’amniocentèse peut entraîner un risque de fausse-couche
dans 1 à 2% des cas.
- Les tests ne sont pas toujours précis pour évaluer
l’ampleur d’une " anomalie " et certifier ses conséquences.
- Le raisonnement implicite du dépistage et des tests
prénataux est l’élimination d’un fœtus " anormal ".
Ce message est clairement discriminatoire, et pose un préalable grave selon
lequel la vie des personnes handicapées ne vaudrait pas la peine d’être
vécue ou ne serait pas digne d’être soutenue.
- Les entretiens de soutien qui encadrent les tests sont parfois
superficiels, et favorisent encore trop souvent le recours à l’interruption
volontaire de grossesse lorsque le test s’avère positif. Les entretiens d’information
et de soutien devraient être gratuits, complets, ne pas dévaloriser la
vie des personnes handicapées, et proposer la rencontre avec des personnes handicapées
et des parents confrontés à des situations similaires.
- La définition des " anomalies "
et des seuils de gravité qui donnent droit à l’IVG hors du délai légal,
est influencée par les mythes, les craintes et les stéréotypes et
ne tiennent pas suffisamment compte de l’expérience vécue des personnes
handicapées
(ANES= NDCS National Deaf Children’s Society UK)
Déclaration de politique concernant la génétique et la surdité,
1999
Diagnostic génétique préimplantatoire
C’est une technique qui permet aux couples de soumettre leurs embryons à
des analyses de dépistage des maladies avant qu’ils ne soient implantés
dans l’utérus. Cela permet d’éliminer tout fœtus malade pour s’assurer
que le fœtus implanté n’aura aucun problème. Cette méthode est utilisée
dans le cas de personnes à risques qui pourraient transmettre des maladies génétiques
héréditaires, comme la Myopathie de Duchenne ou la Mucoviscidose par exemple.
Pour l’instant, cette méthode n’est utilisée que pour la fertilisation
in vitro.
Sujets d’inquiétude
- Les couples stériles peuvent maintenant choisir un
bébé avec la " garantie " qu’il ne sera pas porteur
d’infirmité particulière.
- La fertilisation in vitro comporte des risques, elle est
très contraignante, et comporte encore de nombreux échecs.
- À mesure que d’autres marqueurs génétiques
sont découverts, les couples ont des choix de plus en plus complexes qui peuvent
aller jusqu’au choix des caractéristiques physiques et des traits de caractère,
au même titre que les " anomalies ".
- Comme pour le dépistage, le diagnostic préimplantatoire
sous entend que les personnes handicapées sont de moindre valeur et que toute
déficience doit être évité. Les choix sont motivés par l’image
stéréotypée du bébé parfait, ces suppositions sont discriminatoires
à l’égard des personnes handicapées et alimentent la dépréciation
de notre qualité de vie.
- Une fois encore, d’autres font des évaluations arbitraires
de notre qualité de vie.
" Les personnes Spina-bifida et Hydrocéphales
mènent une vie remplie et d’une valeur égale à celle des autres citoyens,
et la qualité de leur vie ne doit pas être considéré comme une
question médicale. "
Fédération internationale d’hydrocéphalie
et du Spina-bifida, Déclaration de Toulouse 2000
L’infanticide pour cause de déficience 
C’est l’assassinat d’un bébé que l’on croit si sévèrement handicapé
qu’il ne lui est pas permis de survivre. La mort peut être provoquée par
des sédatifs, par l’arrêt de l’alimentation ou parce que rien n’a été
fait pour dégager ses bronches à l’accouchement. L’infanticide est quelquefois
justifié par l’affirmation que le bébé n’est pas encore une personne,
avec les droits que cela suppose, et que, de toute façon, sa vie aurait été
misérable.
Dans certains pays (notamment en Angleterre) une mère
coupable d’infanticide alors qu’elle allaite encore, ou très peu de temps après
la naissance, est considérée comme coupable d’homicide involontaire. Pour
tout autre personne, ce meurtre serait considéré comme un homicide volontaire.
Sujets d’inquiétude
- Quand les tests ne mettent pas nécessairement l’étendue
de l’infirmité à jour, certaines personnes affirment qu’il est préférable
d’attendre la naissance de l’enfant avant de décider si l’enfant doit continuer
à vivre. C’est naturellement contraire à la loi et au droit qui reconnaissent
que la vie commence à la première respiration.
- La qualité de vie des personnes handicapées est
évaluée avec des notions médicales (et non sur la base de faits démontrés),
de standards économiques, et sa définition est influencée par la culture
et les représentations sociales. Peu d’importance est accordée au devoir
de la société à compenser les coûts et les conséquences
des déficiences pour soutenir les parents et les enfants handicapés. L’enfant
handicapé devrait être accueilli par l’humanité avec autant de joie,
et avec plus de soutien que l’enfant bien portant.
L’euthanasie

C’est le concept d’une " mort facile ",
l’acte d’enlever la vie sans douleur à une personne pour abréger ses souffrances
au cours d’une maladie incurable et douloureuse.
Il existe aujourd’hui trois types d’euthanasie :
- L’euthanasie volontaire, effectuée à la demande
d’une personne qui veut mourir.
- L’euthanasie passive, effectuée quand une personne
est incapable d’en faire la demande à cause de son incapacité physique
et/ou mentale, et lorsque les tribunaux et la profession médicale le jugent
nécessaire. Un exemple de cela serait la décision d’arrêter de nourrir
et d’hydrater une personne qui est dans un état végétatif persistant.
- L’euthanasie involontaire se présente lorsqu’une personne
qui est en mesure d’accepter ou de refuser l’euthanasie n’est pas interrogée
à ce propos. Un exemple de l’euthanasie involontaire est, par exemple, la remarque
" NE PAS RÉANIMER " inscrite sur certains dossiers médicaux
de personnes âgées ou de patients handicapés sans qu’ils le sachent.
" … nul ne sera soumis sans son
consentement librement accordé à des expériences médicales ou
scientifiques. "
Traité international des droits civils et politiques, 1966
Sujets d’inquiétude
- Les partisans avancent que l’euthanasie volontaire est une
question de choix personnel. C’est ignorer le fort pouvoir de persuasion des docteurs
et des parents (qui peuvent avoir des raisons subjectives pour accélérer
la mort d’un individu), et c’est ne pas tenir compte du manque de soins palliatifs
et de services de soutien à la vie quotidienne, seuls garants d’une meilleure
qualité de vie.
- Les personnes qui ne peuvent s’exprimer par elles mêmes
sont tout particulièrement vulnérables et peuvent être les victimes
d’une euthanasie abusive administrée " dans leur intérêt ",
mais sans leur consentement. Des recherches faites en Hollande, le seul pays qui
a décriminalisé l’euthanasie volontaire, ont montré une augmentation
importante du taux de mortalité des personnes handicapées mentales au sein
des cadres institutionnels.
" Se limiter au gène obstrue la perception
à facette multiples du phénomène de la maladie "
Code
de Nuremberg, IPPNW,1997
Le déterminisme génétique

Le déterminisme génétique est le postulat
selon lequel nous sommes la somme de nos gènes, qu’ils prédisent les maladies
et le comportement, et que notre avenir est déterminé par nos gènes
sans que l’environnement n’ait d’influence réelle sur son déroulement.
Questionnements
- Le marqueur génétique d’une particularité
ne reflète pas l’ensemble d’un gène. Le gène emmagasine une somme
d’informations qui déterminent la séquence d’une protéine. Une spécificité
surgit de l’interaction entre les protéines, les cellules et les tissus. La
science est encore loin de connaître l’ensemble des processus en cause.
- Il est envisageable que la présence d’un marqueur génétique
puisse être associée au développement d’un comportement et d’un style
de vie particuliers qui modifieront l’expression de cette particularité génétique.
- L’environnement joue un rôle majeur dans la production
des situations de handicap. Il est à l’origine d’un grand nombre de déficiences,
qu’elles soient consécutives à une situation de pauvreté, à des
accidents, à la guerre, aux pollutions ou à d’autres facteurs environnementaux.
- Le déterminisme génétique a permis le développement
de la théorie contraire, qui énonce qu’au vu du nombre de gènes impliqués
dans le développement des caractéristiques individuelles, il serait impossible
de déterminer les incapacités d’un individu. Ce concept est aussi erroné,
car la recherche montre clairement que malgré l’interaction qui existe entre
les gènes et la façon dont elles opèrent, le nombre de gènes
qui sont impliqués est souvent réduit. Le calcul des probabilités
d’interaction est largement accessible aux ordinateurs actuels et permet d’effectuer
tous les tests.
- Réduire l’être humain à la somme de ses gènes
est une attitude qui met l’accent sur l’idée que les personnes handicapées
devraient être retirées du patrimoine génétique. Ignorer de la
sorte que chaque être humain peut un jour être porteur de " tares
génétiques ", c’est ouvrir la porte à une discrimination
de plus en plus détaillée des caractéristiques qui sont acceptables
ou inacceptables.
- L’utilisation de l’information génétique entraîne
déjà des discriminations génétiques à l’embauche et face
à l’assurance, et notre société est face au risque de voir se multiplier
cette nouvelle forme d’inégalité face au Droit.
" Nul ne doit faire l’objet de discriminations
fondées sur des caractéristiques génétiques qui… auraient pour
effet de porter atteinte à ses droits individuels et à ses libertés
fondamentales et à la reconnaissance de sa dignité "
Déclaration universelle sur le génome humain
et les droits de l’homme, 1997.
La
thérapie génétique 
La thérapie génétique est une pratique médicale qui intervient
directement sur le gène pour traiter certaines particularités, comme l’introduction
d’une copie saine ou réparatrice du gène défaillant, le développement
des médicaments à base de gène ou, comme cela a été tenté
sans succès, la transmission d’un virus au gène défaillant.
Il y a deux genres de thérapies génétiques :
- La thérapie génétique somatique qui
modifie le gène lui-même.
- La thérapie génétique " sur
la lignée " (ou le génie génétique) qui modifie
les cellules dans le corps, y compris les cellules reproductives, et peut ainsi se
répercuter sur la reproduction. Pour l’instant, cette thérapie est interdite
dans la plupart des pays.
" Toute intervention visant à
modifier le génome humain ne peut être entreprise que pour des raisons
préventives, de diagnostic ou thérapeutiques. Elle doit être prohibé
si le but est de ne pas introduire de modification dans le génome de n’importe
quel descendant "
La Convention européenne sur les droits
de l’homme et la médecine biologique, 1997
Questionnements
- Même si la thérapie génétique somatique
et les médicaments basés sur les gènes peuvent être considérés
comme n’importe quelle autre forme de progrès médical, la recherche, l’expérimentation
et le consentement du patient posent de nombreuses questions éthiques jusqu’à
ce jour non résolues. Celles-ci sont notamment soulevées par la concurrence
commerciale et la recherche de profit qui animent certains scientifiques et laboratoires
pharmaceutiques.
- Le génie génétique soulève d’importantes
questions, tant à propos de l’origine de la vie elle-même qu’en ce qui
concerne le danger de transmission aux générations futures de combinaisons
de gènes dont on ne soupçonne pas le développement.
- Certains de ceux qui y ont un intérêt immédiat
voudraient faire croire que la thérapie génétique est la solution
qui permet de prévenir les déficiences, et justifie ainsi la collecte de
fonds pour la recherche génétique en utilisant abusivement l’image des
personnes handicapées pour les présenter comme des victimes sans défense.
L’accent porté sur le modèle médical du handicap et la protection
contredit souvent les arguments des personnes handicapées qui souhaitent vivre
autonomes. Il rend plus difficile la création des services de soutien qui permettraient
aux personnes handicapées de vivre selon leurs choix dans l’égalité
des chances.
" … l’invasion génétique
dans le développement embryonnaire humain … a des effets sérieux et incalculables
pour les générations à venir. En tant que telle, elle n’est pas justifiée "
Code de Nuremberg, IPPNW 1997
Les
brevets génétiques 
Les entreprises commerciales peuvent obtenir des brevets
sur le matériel génétique qu’elles ont découvert et retiré
du corps, ou sur des protocoles de manipulations du matériel génétique.
Elles ont alors la possibilité de faire payer tous ceux qui souhaitent utiliser
cette découverte pour la recherche médicale ou pour développer des
médicaments. Ces entreprises commerciales arguent que ces brevets sont nécessaires
pour couvrir les frais de la recherche. La puissance de ces intérêts commerciaux
soutient l’introduction du génie génétique dans les plantes et les
animaux, sans qu’il soit obligatoirement nécessaire de mener les recherches
qui pourraient étudier les conséquences de ces manipulations sur l’environnement.
Afin de protéger les inventions scientifiques, l’Union Européenne a récemment
émis une Directive sur la Protection Légale des Inventions Biotechnologiques
qui permet de breveter les découvertes des gènes humains et des séquences
des gènes. Cette Directive a déjà eu des implications financières
sérieuses pour certains services de la santé publique, en Angleterre par
exemple.
Questionnements
- Le dépôt de brevet augmente les profits plus qu’il
ne fournit un traitement.
- Les médecins ont l’obligation éthique de rester
indépendants, et de ne pas se laisser influencer par des notions de profit afin
de garder une capacité de diagnostic et de prescription. Lorsque des médecins
demandent, obtiennent et appliquent des brevets médicaux, ils violent cette
obligation.
- Le prix des traitements médicaux va augmenter.
- Les laboratoires pharmaceutiques risquent de s’engager dans
une course effrénée pour obtenir le plus grand nombre de brevets au détriment
de la recherche.
- Des personnes handicapées en recherche de guérison
ont été utilisées par des laboratoires pharmaceutiques pour soutenir
l’obtention de brevets en Europe.
" Le génome humain en son état
naturel ne peut pas donner lieu à des gains pécuniaires "
Déclaration universelle sur le génome humain et les droits de l’homme,
1997
Le projet de génome
humain 
Ce projet a maintenant mis en séquence la série complète des
chromosomes que les humains transmettent à leur descendance, et est appelé
communément " Le Livre de la Vie ".
Le code génétique est maintenant connu, mais le
rôle et le mode de fonctionnement de chacun de ces éléments est encore
un mystère. Il a été décidé à la fin du projet de mettre
tous les résultats en libre consultation sur Internet, et d’éviter ainsi
la course aux profits et la mise sous brevet du matériel génétique
de l’humanité.
Questionnements
- Le séquençage du génome humain transforme
la compréhension que nous avons de nous mêmes et des autres. Le risque
de cette connaissance est de résumer le fonctionnement humain à sa composition
génétique, alors que les gènes ne sont qu’une partie d’un immense
puzzle. Les connaissances de la génétique sont encore très parcellaires,
et il reste à découvrir comment les gènes interagissent dans le temps,
comme il reste à mettre à jour l’influence que prend l’environnement dans
la construction de ce que nous sommes.
- En utilisant l’information du génome, il paraît
maintenant possible d’éliminer de nombreuses maladies, d’augmenter la longévité,
de copier des organes et même de créer des êtres humains. Faire de
tels choix pose un peu plus la question de la discrimination sur la base de critères
génétiques, et met à notre portée un monde où la création
d’une sous-classe d’humains " programmés génétiques "
est possible.
- La confidentialité de l’information génétique
des caractéristiques personnelles risque de devenir un sérieux problème,
tout spécialement en ce qui concerne les secteurs du soin, de santé et
de l’assurance.
" Nous vivons à une époque
où même si nous nous prenons pour des savants et des démocrates..
il reste beaucoup de conceptions et de valeurs pré-scientifiques et pré-démocratiques…il
reste beaucoup de ce que nos ancêtres appelaient le barbarisme… Si la science
de la génétique est contrôlée par des barbares, elle sera utilisée
pour perpétuer le barbarisme… Il ne semble pas y avoir de mandat divin qui stipule
que nous, en tant qu’êtres humains, devons avancer automatiquement vers la terre
promise. "
Justin Dart , activiste handicapé, 1997
| Textes de références liés
à la biotechnologie et aux droits de l'Homme |
|
- Code de Nuremberg des médecins pour la responsabilité
sociale (IPPNW) (1947)
- Déclaration universelle des droits de l’homme.
(ONU,1948)
- Pacte international sur les droits civiques et politiques
(ONU,1966)
- Pacte international sur les droits économiques,
sociaux et culturels (ONU,1966)
- Déclaration des droits du déficient mental
(ONU,1971)
- Convention sur l’élimination de toutes formes de
discrimination à l'égard des femmes (ONU,1979)
- Principes d’éthique médicale applicables
au rôle du personnel de santé, en particulier des médecins, dans la
protection des prisonniers et des détenus contre la torture et autres peines
ou traitements cruels, inhumains ou dégradants (ONU, 1982)
- Ensemble de principes pour la protection de toutes les
personnes soumises à une forme quelconque de détention ou d’emprisonnement
(ONU, 1988)
- Convention relative aux droits de l’enfant (ONU,1989)
- Principes pour la protection des personnes atteintes
de maladie mentale et pour l’amélioration des soins de santé mentale
(ONU,1991)
- Déclaration sur l’élimination de la violence
à l'égard des femmes (ONU,1993)
- Règles pour l'égalisation des chances des personnes
handicapées (ONU, 1993)
- La déclaration de l’OMS sur la promotion des droits
des patients en Europe. (En anglais) (1994)
- Convention sur les Droits de l'Homme et la biomédecine
(Conseil de l'Europe, 1997)
- Déclaration universelle sur le génome humain
et les droits de l’Homme (UNESCO,1997)
- Déclaration de la conférence mondiale l’UNESCO
sur la science pour le XXI ème siècle (UNESCO,1999)
- Charte des droits fondamentaux (Union européenne,
2000)
Toute infraction à une déclaration
pourrait avoir pour résultat, après décision du comité, une mise
en garde contre le pays signataire.
Les déclarations ne font que recommander
des actions aux pays signataires.