Quelle politique du handicap pour demain ?

Comité interministériel du handicap

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25 septembre 2013


Cette question posée le 18 septembre par Claude Bérit-Débat, Sénateur de la Dordogne, à Marie-Arlette Carlotti, ministre chargée de lutte contre les exclusions et des personnes handicapées, fera l’objet, on peut le supposer, d’une réponse le 25 septembre 2013 à l’occasion de la première réunion du Comité interministériel des Personnes Handicapées. La multiplicité et la nécessaire transversalité des réponses qu’appellent les non moins diverses questions liées « au handicap », trouvent enfin le moyen d’interpeller tous les ministres et non plus les seuls en charge de la santé, de la famille et de la solidarité. C’est un progrès indéniable déjà en marche avec l’éducation inclusive, mais aussi le début d’un long et difficile travail, aux fruits oh combien fructueux certes, mais dont il serait bon que chacun prenne l’exacte mesure.

Cette question de la « politique du handicap », nous, militants pour la défense des droits et la citoyenneté de nos pairs en situations de handicap, nous la posons depuis plus d'un demi siècle à travers nos associations. Ce que nous voulons est aujourd'hui en partie inscrit dans la Convention internationale relative aux Droits des Personnes Handicapées (CDPH), et ce après une vingtaine d'années de mobilisation et de lobbying de nos ONGs internationales. Aujourd'hui ratifiée par la France, la CRDP offre un éventail d'objectifs et de défis pour lesquels nos sociétés sont peu préparées, et dont souvent le législateur ne prend pas l'exacte mesure comme il apparaît à propos des échéances, aujourd’hui  remises en causes, pour la mise en accessibilité de la société française.

De ma place de citoyen restreint dans ses capacités de mobilité, l'idée même d'une « politique du handicap » est un non sens, et l’affirmer m'a coûté et continue de me coûter, mais après trente années dans un fauteuil roulant et autant d’action militante qui viennent s’ajouter aux souvenirs et aux acquis d'une vie professionnelle d'éducateur et d’infirmier psychiatrique, je ne peux me résoudre à considérer « le handicap » tel que maladroitement défini dans la Loi, comme une « limitation d’activité ou restriction de participation » que je subirai « … en raison d’une altération substantielle, durable ou définitive d'une ou plusieurs fonctions … ».

Ce que je « subis », c’est plus souvent la crainte, la maladresse et parfois le mépris, toutes discriminations nourries de l’ignorance de mes interlocuteurs et des très pesantes représentations sociales dont est chargé le mot « handicap » et les images qu’il appelle. Ce que m’ont appris ces 30 années d’expériences de Vie Autonome dans un fauteuil roulant, c’est que ce mot construit d’abord une séparation entre ceux qui le sont et ceux qui ne le seraient pas, handicapés. Ce que m’ont appris les 30 mois de mon action au sein de l’Administration pour animer le Comité Français de Coordination pour l’année Européenne 2003, longues semaines souvent trépidantes chargée d’interviews, d’interventions orales et de communications variées destinées à étayer et engager un « changement du regard porté sur les personnes handicapées », c’est que s’il est une politique qui puisse tout à la fois répondre aux plus restreints dans leurs capacités comme à tous les français, ce n’est plus une « politique du handicap » qu’il s’agit de penser et d’engager, mais une politique qui vise à favoriser l’expression de toutes les capacités. Non pas une politique qui ne réponde qu’aux seuls membres d’un groupe catégoriel, « handicapés », mais une dynamique qui s’adresse à tous en soutenant l’expression des capacités individuelles et collectives dans les meilleures conditions, pour que chacun puisse donner le meilleur de ce qu’il est et de ce qu’il sait faire, quelles que soient ses capacités.

Prendre soin et protéger autrui ne prend sens que si cela permet à chacun de s’élever, de participer et de contribuer, d’échanger et de vivre selon ses choix.

C’est vers ce quoi nous sommes collectivement engagés, tant vis à vis des Institutions Internationales que des personnes qui ont initié la CDPH. À nous, citoyens et militants, à vous, ministres, élus et serviteurs de l’Etat, d’en trouver les moyens d’application ; ce qui nous ne le savons que trop demande une détermination durable et persistante. La politique est là, elle est transversale et concerne tous les ministres. Eux et leurs cohortes vont se mettre au travail, c’est un progrès considérable, mais l’épreuve de la réalité peut être tout autant cinglante que génératrice de solutions globales, et il s’agit maintenant d’en préparer les acteurs, d’en trouver les méthodes et de construire des stratégies pour réussir ensemble.

L’expérience et le savoir qui manquent aujourd’hui à ces nouveaux acteurs de l’inclusion, ce sont d’abord celles et ceux qui sont restreints dans leurs capacités qui en sont porteurs. Comment sont-ils et sont-elles associés ? Comment sont collectées leurs expériences ? Comment en tirer des connaissances et un savoir ? Comment sont formées les personnes à identifier et à transmettre leurs besoins d’assistance ? Comment sont formés les nouveaux acteurs de l’inclusion, dans l’éducation, la santé, l’emploi, l’aménagement du territoire…? Comment les expériences de la Vie Automne avec une ou plusieurs déficiences peuvent elles participer à la construction les réponses attendues par la société française vieillissante ? …

Toutes questions très actuelles finalement, mais dont les réponses proposent une formidable contribution au développement global et les germes d’une « politique de participation » qui ouvre sur un avenir tissé des contributions du plus grand nombre … quelles que soient ses capacités.

Jean-Luc Simon,
Président du GFPH 

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